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Drogues de la soumission chimique, il n’y a pas que le GHB et le GBL…

Evelyne Josse
Dernière mise à jour le 29/04/2022

Chargée de cours à l’Université de Lorraine (Metz)
Psychologue, psychothérapeute (EMDR, hypnose, thérapie brève), psychotraumatologue

L’article complet Josse E. (2022). « GHB, GBL et autres drogues du viol et d’escroquerie : effets, conséquences et prévention » est sur http://www.resilience-psy.com/spip.php?article520

De plus en plus de faits de soumission chimique défrayent la chronique. Dans le premier article, nous avons brossé le portrait du GHB et du GBL et de leurs effets.

Dans le présent, nous allons parler des autres drogues servant aux malfrats à soumettre leurs victimes. Nous terminerons par un petit point sur la loi en Belgique et en France concernant la soumission chimique.

Dans le prochain article, nous aborderons le mobile et le profil des agresseurs ainsi que les situations à risque.

Les autres drogues du viol

Le GBH/GBL n’est pas la seule substance susceptible de produire une soumission chimique.

Des médicaments détournés de leur usage

Derrière l’appellation générique de « drogue du viol » se cachent différents types de médicaments détournés de leur usage tels que :
– des benzodiazépines : substance myorelaxante, anxiolytique, sédative, hypnotique, anticonvulsivante et/ou amnésiante, en particulier les somnifères comme le flunitrazepam (Rohypnol1), la clonazépamle (Rivotril), les « Zdrugs », à savoir le Zopiclone, le Zaleplon et le Zolpidem (Stilnoct en Belgique, Stilnox en France), ou encore les anxiolytiques comme le diazépam.
– des analgésiques
– des anesthésiques
– des antidépresseurs
– plus rarement, des antihistaminiques.

Ces molécules ont la spécificité de lever l’inhibition, de provoquer des pertes de connaissance et d’induire des amnésies, en particulier lorsqu’elles sont prises avec de l’alcool. Elles sont détectables plus facilement que le GHB/GBL, même au-delà de 24 ou de 48 heures.

Des drogues illicites

Le cannabis, les opiacées et autres drogues (la cocaïne, par exemple) sont également fréquemment impliqués dans les cas d’agressions commises sous l’influence d’une substance, avec ou sans GHB/GBL. Il n’est pas rare que les agresseurs mixent différents produits.

L’alcool

L’utilisation à des fins délictuelles et criminelles de produits psychotropes est bien antérieure à l’apparition du GHB/GBL. En effet, depuis de nombreuses décennies, des agresseurs commettent des méfaits sexuels après avoir enivré leur victime.
Aujourd’hui encore, de l’alcool est généralement retrouvée dans les cas de suspicion de soumission chimique. Dans certains cas, l’alcool est l’unique substance psychoactive décelée à l’origine de la soumission chimique2; dans d’autres, elle a contribué à potentialiser les effets d’autres produits.

La soumission chimique face à la loi

Soulignons qu’actuellement, en Belgique, le viol sous soumission chimique n’existe pas dans le Code pénal. L’utilisation d’une drogue pour soumettre sexuellement une victime n’est même pas considérée comme une circonstance aggravante. L’usage de drogue n’a donc aucun impact sur la lourdeur de la peine. Cependant, si de la drogue est trouvée dans les prélèvements, la victime peut arguer qu’elle était incapable de donner son consentement. On ne peut que se réjouir de la prochaine révision du code pénal prévue en juin 2022.

En France, depuis 2018, la loi prévoit une aggravation des peines encourues en cas de viol ou d’agression sexuelle, après administration d’une substance à l’insu de la victime, afin d’altérer son discernement ou le contrôle de ses actes.

Notes et références

  1. Il n’est plus commercialisé en France depuis 2013, mais se vend sur le marché noir.
  2. Rappelons toutefois que la détection de certains produits reste difficile, notamment en raison de leur métabolisation rapide. Certains dossiers de victimes montrent également que la recherche de GHB/GBL n’a tout simplement pas été faite.

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