You are currently viewing L’ère de l’anxiété informationnelle : Comment les guerres à l’écran épuisent notre santé mentale

L’ère de l’anxiété informationnelle : Comment les guerres à l’écran épuisent notre santé mentale

03 mars 2026

Introduction : Un monde en état d’alerte psychique permanent

L’actualité mondiale, saturée de conflits armés, génère aujourd’hui une anxiété chronique que les experts et les journalistes qualifient de « war anxiety » (anxiété de guerre), de « politico-anxiété » [1] ou de « headline stress disorder » (stress liés aux actualités. Littéralement, syndrome de stress liés aux gros titres) . En mars 2026, l’escalade au Moyen-Orient — avec des affrontements directs impliquant Israël, l’Iran, les États-Unis et leurs alliés — a ravivé un climat d’alerte permanent, non seulement sur le plan géopolitique, mais aussi psychologique. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dans les zones touchées par un conflit au cours des dix dernières années, une personne sur cinq (22 %) souffre de dépression, d’anxiété ou de trouble de stress post-traumatique (TSPT) [2]. Mais ce phénomène dépasse désormais les frontières physiques des conflits.

Les guerres ne se déroulent plus seulement sur le terrain : elles envahissent nos écrans en temps réel. Images de frappes, vidéos de civils en fuite, analyses alarmistes, notifications continues… Cette immersion constante, via les chaînes d’information et les réseaux sociaux, crée un phénomène psychologique d’une intensité inédite. Cette anxiété ne vient pas seule : elle s’ajoute à d’autres peurs contemporaines (climat, intelligence artificielle, pouvoir d’achat), créant un véritable cocktail émotionnel qui pèse sur la santé mentale collective. En France, déjà en 2021, avant les crises les plus récentes, 12,5 % des adultes présentaient un état anxieux, avec une prévalence trois fois plus élevée chez les femmes [3].

Pourquoi sommes-nous « accros » aux nouvelles anxiogènes ? Le piège du doomscrolling

Le cerveau humain possède un biais de négativité profondément ancré. D’un point de vue évolutionniste, repérer les menaces augmentait les chances de survie. Aujourd’hui, ce biais est exploité et amplifié par les algorithmes des plateformes numériques : les contenus négatifs génèrent plus d’engagement, donc plus de visibilité.

Le phénomène du doomscrolling (ou défilement compulsif de mauvaises nouvelles) repose sur plusieurs mécanismes psychologiques puissants :

  • Intolérance à l’incertitude : On cherche à « tout savoir » pour tenter de réduire l’angoisse face à l’imprévisible. Une étude de 2025 souligne que la minimisation de l’incertitude est un moteur majeur de la consommation d’actualités [4].
  • Illusion de contrôle : Accumuler des informations donne l’impression de mieux maîtriser le chaos, même si cette maîtrise est purement cognitive et sans effet sur les événements réels.
  • Biais de confirmation : On sélectionne inconsciemment les contenus qui confirment notre vision pessimiste du monde, renforçant ainsi notre anxiété.
  • Évitement paradoxal : Se plonger dans les drames mondiaux peut servir de distraction temporaire face à ses propres difficultés personnelles.

Chaque notification, chaque nouvelle information, déclenche une micro-décharge de dopamine, l’hormone de la récompense. On consomme pour se rassurer, mais plus on consomme, plus l’anxiété monte. Arrêter peut alors générer un sentiment de culpabilité, l’impression d’« abandonner » les victimes ou d’être un citoyen irresponsable. L’information devient une « drogue » anxiogène.

Les mécanismes psychologiques profonds activés par la guerre à distance

1. Le traumatisme vicariant (ou trauma par procuration)

L’exposition répétée à des images de destructions, de souffrance humaine et de civils terrifiés peut produire un trauma par procuration. Même à des milliers de kilomètres, le cerveau active les circuits neuronaux du danger comme si la menace était directe. Des études menées depuis 2024 sur l’impact de la guerre à Gaza montrent une corrélation directe entre la consommation intensive de contenus médiatiques violents et l’apparition de symptômes de type stress post-traumatique, d’anxiété généralisée et de dépression, en particulier chez les personnes très exposées aux réseaux sociaux [5]. Une étude de juillet 2025 sur la population de Gaza a révélé des taux alarmants : 83,5 % des participants atteignaient le seuil du TSPT probable [6]. Bien que les populations distantes ne vivent pas directement ces horreurs, l’exposition médiatique constante peut induire des symptômes similaires, bien que d’intensité moindre.

2. L’Impuissance apprise et la menace existentielle

Face à des conflits qui semblent incontrôlables, beaucoup développent un sentiment d’impuissance apprise[1]: la conviction que quoi que l’on fasse, on ne peut rien changer. Cette impuissance active un mode de « menace existentielle », ravivant des peurs profondes :

  • Peur pour des proches à l’étranger.
  • Peur d’attentats sur le sol national.
  • Peur d’une escalade vers une troisième guerre mondiale.
  • Peur des conséquences économiques (inflation, crise énergétique).

Le futur apparaît plus sombre et imprévisible, un terreau fertile pour le trouble anxieux généralisé.

3. La polarisation et la théorie de la gestion de la terreur

Un mécanisme plus insidieux est expliqué par la théorie de la gestion de la terreur (Terror Management Theory, TMT). Selon cette théorie[2], lorsque la mort et la destruction deviennent omniprésentes dans notre environnement informationnel, les individus renforcent leurs croyances identitaires et leur vision du monde pour se protéger psychologiquement de l’angoisse existentielle [7].

Comme l’explique le Dr Bence Nanay, « lorsque nous sommes confrontés à la pensée de la mort, nous nous appuyons davantage sur ce que nous considérons comme quelque chose de plus grand que nous : notre vision du monde qui donne un sens » [8].

En conséquence, l’exposition aux nouvelles de guerre ne fait pas que nous angoisser : elle nous polarise. Les conservateurs deviennent plus conservateurs, les libéraux plus libéraux. Les débats se radicalisent, augmentant encore l’anxiété collective et la fragmentation sociale.

4. La fatigue de compassion et l’épuisement informationnel

À force d’être exposé à la souffrance, notre capacité à l’empathie peut s’émousser. C’est la fatigue de compassion[3], un état d’épuisement émotionnel et physique qui mène à une diminution de la capacité à compatir. On se sent submergé, puis on se détache pour se protéger. Cet état est souvent couplé à un burnout informationnel, où le volume et la vitesse des informations dépassent notre capacité cognitive à les traiter, menant à l’épuisement mental et à l’évitement [9].

La « polycrise »[4] : Quand les anxiétés s’accumulent

L’anxiété liée à la guerre ne se développe pas en vase clos. Elle s’ajoute à un empilement de crises qui pèsent déjà sur la santé mentale.

  • L’éco-anxiété : Selon une étude de l’ADEME de 2025, 4,2 millions de Français sont fortement touchés par l’éco-anxiété, avec un risque psychopathologique pour une part significative d’entre eux [10].
  • L’anxiété liée à l’intelligence artificielle : La crainte de pertes d’emploi massives, la prolifération des deepfakes qui érodent la confiance dans le réel, et les scénarios catastrophistes viraux génèrent une nouvelle forme d’anxiété technologique [11].
  • L’anxiété économique : La flambée des prix du carburant, directement liée aux tensions géopolitiques, active une peur archaïque de ne plus pouvoir subvenir à ses besoins.

Ces anxiétés s’auto-alimentent : la guerre aggrave la crise énergétique, qui nourrit l’inflation, qui renforce le sentiment d’un effondrement global, lui-même lié aux craintes écologiques.

La défiance comme carburant de l’anxiété : « On nous ment »

L’anxiété informationnelle est exacerbée par un facteur psychologique puissant : la défiance envers les institutions. La perception, fondée ou non, que les gouvernements, les médias traditionnels et les élites manipulent l’information, crée un climat où le sentiment de sécurité s’effondre.

1.     L’héritage de la crise du COVID-19

La pandémie de COVID-19 a laissé des cicatrices profondes dans la confiance publique. Les messages parfois contradictoires sur les masques, l’efficacité des vaccins ou encore la gestion des confinements ont alimenté l’idée, chez une partie de la population, que les autorités ne disaient pas toute la vérité. Cette perception s’est renforcée avec le recul, à mesure que certaines recommandations initiales ont été révisées ou nuancées à la lumière de nouvelles données scientifiques.

Dans de nombreux pays, cette évolution du discours scientifique — pourtant normale dans un contexte d’incertitude et de production progressive des connaissances — a été vécue par certains citoyens comme une forme de dissimulation ou de mensonge. Ce décalage entre la communication institutionnelle et les révisions ultérieures des connaissances a contribué à fragiliser la confiance envers les autorités sanitaires et politiques. Une étude de 2023 a ainsi montré une corrélation directe entre la perception de la corruption gouvernementale, l’inquiétude quant à l’état de la démocratie et une baisse significative de la confiance envers les institutions [14].

Une fois installée, cette méfiance tend à devenir un prisme d’interprétation des crises ultérieures. Lorsque des citoyens ont le sentiment que l’information a été incomplète ou trompeuse dans une crise majeure, cette expérience influence la manière dont ils interprètent les événements suivants. La question implicite devient alors : si les autorités ont pu se tromper — ou mentir — pendant la pandémie, pourquoi en serait-il autrement pour d’autres crises internationales, comme la guerre en Ukraine ou les tensions au Moyen-Orient ?

Ce phénomène est bien documenté en psychologie sociale : la perte de confiance institutionnelle tend à généraliser la suspicion à l’ensemble des autorités et des sources officielles d’information. Dans ce contexte, les nouvelles crises ne sont plus seulement évaluées sur la base des faits, mais à travers un filtre de méfiance préexistant. Cette dynamique peut favoriser la circulation de récits alternatifs, parfois complotistes, et accentuer la polarisation sociale.

2.     L’affaire Epstein et la « révolte des élites »

Des scandales comme l’affaire Epstein agissent comme de puissants catalyseurs de cette défiance. Au-delà des crimes eux-mêmes, ce que le public retient, c’est l’image d’une élite mondialisée (politique, financière, culturelle) qui semble évoluer au-dessus des lois communes, protégée par un entre-soi opaque [15].

Comme l’analyse l’historien Christopher Lasch dans « La Révolte des élites et la trahison de la démocratie », les classes dirigeantes semblent avoir fait « sécession » du reste de la société, créant leurs propres règles et sapant le contrat démocratique.

L’affaire Epstein renforce cette perception d’un « deux poids, deux mesures » et alimente l’idée d’un « État profond »[5] (deep state) où les puissants se protègent mutuellement. Cette vision, même si elle relève de l’extrapolation complotiste, traduit une angoisse fondamentale : celle que les institutions censées protéger les citoyens sont en réalité au service d’intérêts privés et inavouables.

3.     Du doute à l’anxiété paranoïde

Cette défiance généralisée a des conséquences psychologiques directes :

  • Elle détruit le sentiment de sécurité de base : si l’on ne peut faire confiance aux autorités pour gérer les crises, alors la menace perçue devient infiniment plus grande.
  • Elle pousse à la recherche d’explications alternatives : Le vide laissé par la confiance est comblé par les théories du complot, qui, bien que souvent anxiogènes, offrent une illusion de cohérence et de compréhension dans un monde perçu comme chaotique et malveillant [16].
  • Elle isole : la méfiance envers les « sources officielles » conduit souvent à se réfugier dans des bulles informationnelles (groupes sur les réseaux sociaux, médias alternatifs) qui renforcent les croyances initiales et coupent du dialogue avec ceux qui ne les partagent pas, créant une fragmentation sociale qui est elle-même une source d’anxiété.

En somme, la défiance ne fait pas qu’ajouter une couche d’anxiété ; elle en change la nature. L’anxiété n’est plus seulement une peur face à un événement (la guerre), mais une peur face à ceux qui sont censés nous en protéger. C’est une anxiété plus profonde, quasi paranoïde, où le danger peut venir de partout, et surtout d’en haut.

Quand l’actualité rend malade : les signes d’alerte chez l’adulte

L’exposition chronique à un flux d’informations anxiogènes n’est pas sans conséquences. Il est crucial de savoir reconnaître les signaux que notre corps et notre esprit nous envoient avant que la situation ne dégénère en trouble anxieux caractérisé ou en dépression. Ces signes, souvent insidieux, peuvent être regroupés en quatre catégories principales [12, 13].

  • Symptômes cognitifs : Pensées envahissantes et ruminations (l’actualité occupe l’esprit de manière disproportionnée, même hors des moments d’information), difficultés de concentration (incapacité à se concentrer sur des tâches professionnelles ou personnelles), brouillard cérébral (« brain fog ») (sensation de confusion, oublis fréquents, difficulté à prendre des décisions), cynisme et vision catastrophiste (tendance à ne voir que le négatif et à anticiper systématiquement le pire).
  • Symptômes émotionnels : Irritabilité et sautes d’humeur (réactions excessives à des contrariétés mineures), sentiment d’impuissance et de désespoir (conviction que rien ne peut être fait et que tout est voué à l’échec), anxiété flottante (tension nerveuse constante, sans objet précis), perte de plaisir (anhédonie) (désintérêt pour des activités habituellement appréciées).
  • Symptômes comportementaux : Isolement social (évitement des conversations et des interactions sociales pour ne pas être confronté à des sujets anxiogènes), vérification compulsive (besoin irrépressible de consulter les nouvelles, même en sachant que cela va augmenter l’anxiété), procrastination et baisse de performance (difficulté à initier ou à terminer des projets), augmentation de la consommation de substances (alcool, tabac, etc.) pour « anesthésier » l’anxiété.
  • Symptômes physiques : Troubles du sommeil (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, cauchemars liés à l’actualité), asthénie (épuisement qui ne disparaît pas avec le repos), tensions musculaires et symptômes somatiques divers (douleurs au niveau du cou, des épaules, du dos, maux de tête, douleurs abdominales, syndrome de l’intestin irritable, palpitations, sensation d’oppression thoracique).

La présence de plusieurs de ces signes de manière persistante sur plusieurs semaines doit alerter. Il ne s’agit plus d’une simple réaction de stress, mais potentiellement de l’installation d’un trouble anxieux qui nécessite une attention particulière, voire une consultation.

Enfants et adolescents : une génération en première ligne de l’anxiété informationnelle

Si les adultes sont touchés, les enfants et adolescents sont particulièrement vulnérables à l’anxiété générée par les conflits. Leur cerveau en développement, leur exposition médiatique non filtrée et leur difficulté à contextualiser les menaces en font les premières victimes psychologiques des guerres à distance.

1.     Une exposition directe et non médiatisée

Contrairement aux générations précédentes, les jeunes d’aujourd’hui ne découvrent pas la guerre à travers le journal télévisé familial, mais via le flux infini et brutal de plateformes comme TikTok, Instagram ou X (anciennement Twitter). Une étude menée en Égypte, pays voisin de Gaza, a révélé que parmi les adolescents (11-18 ans) exposés aux scènes du conflit, 61,5 % présentaient des symptômes de dépression et 57 % d’anxiété [17]. L’exposition prolongée (plus de 3 heures par jour) était directement corrélée à une détresse psychologique accrue.

Le baromètre 2025 d’Ipsos pour l’association « Notre Avenir à Tous » confirme cette tendance en France : l’anxiété des 11-15 ans liée à « l’état du monde » et aux guerres a bondi de 11 points depuis 2021, devenant une de leurs trois premières sources de stress [18].

2.     Des réactions spécifiques à chaque âge

La manière dont les enfants manifestent leur anxiété dépend de leur stade de développement. Les pédopsychiatres et l’UNICEF décrivent plusieurs tableaux cliniques [19, 20] :

  • Petite enfance (0-5 ans) : Les jeunes enfants absorbent le stress parental. L’anxiété se manifeste par des troubles du sommeil (cauchemars, insomnies), une anxiété de séparation accrue, des comportements régressifs (énurésie, succion du pouce) et une irritabilité générale.
  • Enfance (6-11 ans) : L’enfant commence à comprendre la notion de mort, mais de manière manichéenne. L’anxiété se traduit par des plaintes somatiques (maux de ventre, maux de tête), des questions répétitives sur la guerre, une peur pour la sécurité de ses proches, et des difficultés de concentration à l’école.
  • Adolescence (12-18 ans) : La pensée abstraite permet de comprendre la complexité des conflits, mais le cortex préfrontal, responsable de la régulation émotionnelle, est encore immature. L’anxiété peut se manifester par un sentiment d’impuissance et de cynisme, un retrait social, ou au contraire un hyper-engagement parfois radicalisé. Une étude de 2025 a montré que l’exposition médiatique aux conflits était directement liée à une augmentation des symptômes post-traumatiques chez les adolescents, un lien qui n’était pas aussi fort chez les jeunes adultes [21].

L’étude longitudinale allemande COPSY, menée de 2020 à 2024, a montré que même après la pandémie de COVID-19, la santé mentale des jeunes ne revenait pas à la normale, en grande partie à cause des « angoisses liées aux crises mondiales » (guerres, climat, économie) qui ont pris le relais [22].

3.     Le rôle crucial des parents et des éducateurs : comment être un bouclier ?

Face à cette vague d’anxiété, les adultes ont un rôle de filtre et de régulateur essentiel. L’UNICEF et les psychologues de l’enfance recommandent une approche proactive [20] :

  • Ouvrir le dialogue : Ne pas attendre que l’enfant vienne. Poser des questions ouvertes (« As-tu vu ou entendu des choses qui t’inquiètent ? ») et valider ses émotions (« C’est normal d’avoir peur/d’être triste »).
  • Limiter et encadrer l’exposition : Éteindre les informations en continu en présence des plus jeunes. Pour les adolescents, discuter des sources d’information, des fake news, et instaurer des règles sur le temps d’écran.
  • Informer avec des mots justes : Utiliser un langage adapté à l’âge. Expliquer la différence entre possibilité (une guerre peut arriver) et probabilité (il est très peu probable qu’elle arrive ici). Rassurer sur les mesures de sécurité existantes.
  • Se concentrer sur les « aidants » : Mettre en avant les histoires de solidarité, les actions des ONG, les efforts diplomatiques. Cela contrecarre le sentiment d’impuissance en montrant que des solutions sont recherchées.
  • Passer de l’anxiété à l’action : Encourager des actions constructives à leur échelle : participer à une collecte, dessiner pour la paix, écrire une lettre. Cela restaure un sentiment de contrôle.
  • Prendre soin de sa propre anxiété : Les enfants sont des éponges émotionnelles. Un parent qui gère son propre stress en parlant à d’autres adultes et en limitant sa propre consommation médiatique protège indirectement son enfant.

Comment s’informer sans se détruire ? Stratégies de résilience et d’hygiène informationnelle

Face à ce constat, il ne s’agit pas de prôner l’ignorance, mais de développer une résilience psychologiqueet une hygiène informationnelle stricte. Voici les recommandations des psychologues :

  • Instaurer une diète médiatique contrôlée :
    • Définir 1 à 2 créneaux d’information fixes par jour (ex. : 20 min le matin, 15 min le soir).
    • Privilégier des sources fiables, synthétiques et factuelles (agences de presse, formats longs) plutôt que le flux continu et émotionnel des réseaux sociaux.
    • Désactiver les notifications des applications d’actualités et l’autoplay des vidéos.
  • Combattre activement le doomscrolling :
    • Utiliser des outils techniques : passer son téléphone en mode noir et blancpour réduire l’attrait des images, utiliser des extensions de navigateur qui bloquent les fils d’actualité.
    • S’imposer des périodes de détox médiatique complètes (24 à 72 h) régulièrement.
  • Remplacer l’information passive par l’action constructive :
    • Le sentiment d’impuissance est un moteur de l’anxiété. Le contrer par des actions, même modestes, redonne un sentiment de contrôle (locus of control interne).
    • Faire un don à une ONG, signer une pétition, écrire à un élu, participer à une initiative locale, ou simplement avoir une discussion nuancée avec des proches.
  • Réguler son système nerveux :
    • Pratiquer des exercices de cohérence cardiaque (5 secondes d’inspiration, 5 secondes d’expiration pendant 5 minutes) pour calmer le système nerveux sympathique.
    • Ancrer son corps dans le présent : marche consciente (sans téléphone), activité physique, contact avec la nature.
    • Tenir un journal (jounaling) pour externaliser ses peurs et identifier ce que l’on peut contrôler.
  • Accepter l’incertitude et cultiver la résilience :
    • Il est crucial d’accepter que l’on ne peut ni tout savoir, ni tout contrôler. Le véritable enjeu est de rester lucide tout en protégeant son énergie psychique.

Conclusion

L’anxiété face aux guerres et aux crises multiples de 2026 n’est pas une faiblesse individuelle, mais une réaction humaine normale à un environnement médiatique et géopolitique objectivement violent et incertain. La question n’est pas de ne plus rien ressentir, mais d’apprendre à ressentir sans se laisser submerger.

Il est impératif de reconsidérer notre rapport à l’information : la consommer comme un outil pour comprendre et agir, et non comme une drogue qui nourrit notre angoisse. Protéger son système nerveux n’est pas un acte d’égoïsme, mais une condition nécessaire pour rester un citoyen éclairé, engagé et, surtout, fonctionnel dans un monde qui en a plus que jamais besoin.

Références

[1] Zhang, S.X., & Li, L.Z. (2025). War anxiety: a review. Current Psychiatry Reports.

[2] Organisation Mondiale de la Santé. (2025, 6 mai). Santé mentale dans les situations d’urgence. https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-health-in-emergencies

[3] Léon, C., et al. (2025). Prévalence des états anxieux chez les 18-85 ans : Résultats du Baromètre Santé publique France (2017-2021). Bulletin épidémiologique hebdomadaire. https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/14/2025_14_1.html

[4] Kesner, L., et al. (2025). Impact of Media-Induced Uncertainty on Mental Health: Narrative-Based Perspective. JMIR Mental Health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12175740/

[5] Khalili, F., et al. (2025). How Gaza war news impacts students’ minds and motivation. BMC Public Health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12659617/

[6] Zughbur, M.R., et al. (2025). Prevalence and correlates of anxiety, depression, and symptoms of trauma among Palestinian adults in Gaza after a year of war. Conflict and Health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12265313/

[7] Pyszczynski, T., Solomon, S., & Greenberg, J. (2015). The Worm at the Core: On the Role of Death in Life. Random House.

[8] Nanay, B. (2026, 2 mars). Our Psychological Response to War News. Psychology Today. https://www.psychologytoday.com/us/blog/psychology-tomorrow/202603/our-psychological-response-to-war-news

[9] American Psychological Association. (2022, 1 novembre). Media overload is hurting our mental health. Monitor on Psychology. (Note : Lien original inaccessible, concept sourcé via recherches multiples sur la « compassion fatigue » et « information overload »).

[10] ADEME. (2025). Éco-anxiété en France. https://librairie.ademe.fr/societe-et-politiques-publiques/8137-eco-anxiete-en-france.html

[11] Soto-Sanfiel, M.T., et al. (2025). Deepfakes as narratives : Psychological processes and effects of the fake modality. Computers in Human Behavior. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0747563224003868

[12] Assurance Maladie. (s.d.). Symptômes et diagnostic des troubles anxieux. https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/troubles-anxieux-anxiete/symptomes-diagnostic

[13] La Clinique E-Santé. (2023, 26 avril). 5 signes que vous souffrez d’une fatigue informationnelle. https://www.la-clinique-e-sante.com/blog/therapie-sante/fatigue-informationnelle

[14] Reid, J. C., Brown, S. J., & Dmello, J. (2023). COVID-19, Diffuse Anxiety, and Public (Mis)Trust in Government. Criminal Justice Review. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10375233/

[15] Sandretto, F. (2026, 23 février). L’affaire Epstein et « la révolte des élites ». The Conversation. https://theconversation.com/laffaire-epstein-et-la-revolte-des-elites-276219

[16] van Prooijen, J.-W. (2017). The Psychology of Conspiracy Theories. Current Directions in Psychological Science. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5724570/

[17] Abu-Elenin, M. M., et al. (2025). The repercussions of watching scenes of the escalating conflict in Gaza strip on the mental health of adolescents in a neighboring country. BMC Public Health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12042350/

[18] Roques, H. (2025, 14 mars). L’anxiété des adolescents face au risque de guerre a bondi. France Info. https://www.franceinfo.fr/sante/enfant-ado/l-anxiete-des-adolescents-face-au-risque-de-guerre-a-bondi-de-plus-de-11-points-depuis-2021-c-est-vraiment-considerable-s-inquiete-l-association-notre-avenir-a-tous_7129842.html

[19] Cohen-Frouma, A., Poncet-Kalifa, H., & Delorme, R. (s.d.). Guerre et conflits armés : en parler aux enfants et prévenir l’anxiété. CléPsy. https://www.clepsy.fr/guerre-en-parler-enfants-prevenir-anxiete/

[20] UNICEF. (s.d.). Comment parler des conflits et de la guerre à vos enfants. https://www.unicef.org/parenting/fr/soins-attentifs/comment-parler-des-conflits-et-de-la-guerre-a-vos-enfants

[21] Slone, M., Peer, A., & Egozi, M. (2025). Adolescent Vulnerability to Internet Media Exposure: The Role of Self-Mastery in Mitigating Post-Traumatic Symptoms. International Journal of Environmental Research and Public Health. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12026622/

[22] Kaman, A., et al. (2025). Mental health of children and adolescents in times of global crises: findings from the longitudinal COPSY study from 2020 to 2024. Bundesgesundheitsblatt, Gesundheitsforschung, Gesundheitsschutz. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12129870/

[23] Centre de toxicomanie et de santé mentale. (s.d.). Thérapie cognitivo-comportementale (TCC). https://www.camh.ca/fr/info-sante/types-de-traitement/therapie-cognitivocomportementale


[1] Concept théorisé par le psychologue Martin Seligman dans les années 1960-1970.

[2] Ce concept de Théorie de la Gestion de la Terreur (Terror Management Theory, TMT) est attribué à trois psychologues sociaux américains : Jeff Greenberg, Sheldon Solomon et Tom Pyszczynski. Ils ont développé cette théorie dans les années 1980, en s’inspirant fortement des travaux de l’anthropologue culturel Ernest Becker, notamment de son livre « The Denial of Death » (1973).

[3] Ce concept est généralement attribué au psychologue américain Charles R. Figley qui l’a développé dans les années 1990.

[4] Le concept de polycrise (polycrisis) est généralement attribué à Adam Tooze. Cet historien et théoricien des systèmes économiques a popularisé le terme à partir de 2022, notamment dans un article publié dans le Financial Times et dans ses analyses pour l’European Council on Foreign Relations. Il y décrit une situation dans laquelle plusieurs crises majeures se produisent simultanément et interagissent entre elles, produisant des effets plus graves que la simple addition de crises séparées.

[5] Ce terme est devenu courant dans les années 1990 après le Susurluk scandal, qui a révélé des liens entre responsables politiques, services de sécurité et organisations criminelles en Turquie. À travers ses ouvrages « The American Deep State » (2014) et « Deep Politics and the Death of JFK » (1993), le politologue américain Peter Dale Scott a largement contribué à populariser et analyser le concept dans le monde académique et journalistique.

Dans la même rubrique