Covid-19, de la crise sanitaire à la crise de nerfs

, par  Ludivine Ponciau


  Covid-19, de la crise sanitaire à la crise de nerfs


Un article de Ludivine Ponciau, paru sur le site de l’AJP , JOURNALISTE FREELANCE.BE, le site des journalistes indépendants, 23 décembre 2020 ( Demain, après le virus... , Presse écrite ) 2020

Pour lire l’article sur le site, cliquez ICI.

 Covid-19, de la crise sanitaire à la crise de nerfs

23 décembre 2020 par Ludivine Ponciau ( Demain, après le virus... , Presse écrite )
Les mesures sanitaires, l’isolement social et les périodes de confinement affectent inévitablement notre équilibre psychologique. Au point de laisser de véritables séquelles chez les individus les plus vulnérables et d’impacter durablement notre société ? C’est ce que craignent les acteurs de la santé.

Stress, anxiété, solitude, désespoir, troubles du sommeil, les implications de la crise sanitaire pour la santé mentale sont de plus en plus évidentes et observables chez certains groupes de la population. Une détresse qui était déjà apparue au cours de la première vague chez les personnes âgées, le personnel soignant ou les individus souffrant déjà de troubles psychiques mais qui touche aujourd’hui de nouveaux groupes, comme les jeunes ou les travailleurs indépendants.

Dans un récent rapport, le Centre de prévention du suicide met en évidence le fait que le deuxième confinement semble moins bien vécu par la population que le premier. Ses psychologues attirent également l’attention sur le fait que cette crise s’inscrit dans un contexte où les ressources psychologiques individuelles et collectives sont déjà entamées.

« On remarque un effet d’usure qui n’était pas présent avant. La première vague avait déjà mis en évidence d’importantes difficultés mais à court terme. On pouvait se raccrocher à d’autres perspectives », analyse Déborah Deseck, chargée de communication pour le Centre de prévention du suicide. « Lors de la deuxième vague, les bénévoles de notre ligne de crise ont remarqué que le type de personnes qui s’adressent à nous est globalement le même mais que l’angoisse a augmenté, que la crise peut être un élément déclencheur du suicide, même si on sait qu’il est multifactoriel ».

Seule une minorité d’appelants (environs 10 %) mentionne le coronavirus lorsqu’ils évoquent leur mal-être avec les bénévoles. Un chiffre qui, selon le Centre de prévention, ne reflète pas la réalité, les conséquences de la crise sanitaire sur le moral des appelants étant souvent masquées par le phénomène d’usure qui s’est installé au fil des mois. « Cette chronicisation de la crise, la perte de revenus, l’absence d’aides et l’isolement participent à une augmentation des facteurs de risque suicidaire et nous fait craindre des répercussions à moyen, voire à long terme ».

Retour à la case départ
Evelyne Josse, psychologue et chargée de cours à l’Université de Lorraine (Metz) fait le même constat : plus la crise sera longue, plus il sera difficile pour les personnes qui traversent des difficultés sur le plan psychologique de retrouver un équilibre.
« La santé mentale est liée à l’histoire de la personne et à son histoire mais également à ce qui se passe pour elle en dehors de la réalité intrapsychique. Les aspects économiques notamment, peuvent être vécus comme une double peine et aggraver les effets de la crise sur la santé mentale ».

Le confinement peut aussi s’avérer particulièrement éprouvant et déroutant pour les personnes qui vivent un moment charnière de leur vie, les jeunes notamment, ou qui évoluent dans certains milieux.

La psychologue expose le cas de cette étudiante à qui elle donne cours à l’Université de Metz : une jeune fille qui avait dû déployer beaucoup d’efforts pour quitter son milieu familial, pour se construire une nouvelle vie… Et qui, avec la crise, avait été contrainte de revenir vivre chez ses parents. Une expérience qu’elle avait vécue comme une régression, un retour au point de départ. Les exemples de jeunes qui, comme elles, venaient de prendre leur envol et qui « s’écrasent » ne manquent pas, souligne Evelyne Josse.

« Il y aura de la casse »
La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si notre société portera à long terme les stigmates de cette crise sanitaire mondiale. Ou si elle sera capable de faire preuve de résilience.

« Notre pays a déjà connu de grandes crises auparavant. La peste noire, par exemple, a laissé des stigmates sur le long terme. Mais on voit bien que toute société parvient à dépasser les traumatismes graves comme les épidémies ou la guerre, qu’elle est résiliente. Ce qui ne veut pas dire que tout le monde sera résilient. Certains troubles anxieux et dépressifs seront renforcés… Il y aura de la casse ».

Une approche thérapeutique axée justement sur la résilience peut aider ces personnes en proie à l’anxiété ou à la dépression à retrouver un certain équilibre. D’autres méthodes comme l’hypnose ou l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), thérapie cognitive qui agit sur les plaintes psychiques, donnent de bons résultats.

Le Centre de prévention du suicide rappelle pour sa part la nécessité de soutenir les personnes fragilisées par la crise. « On appelle à la résilience et on propose aux gens certaines choses pour qu’ils aillent mieux. Mais pour les personnes dépressives, ces solutions sont très difficiles à mettre en place. C’est très compliqué pour elles de se projeter dans l’avenir si elles ne sont pas accompagnées », met en évidence Déborah Deseck. « La santé mentale n’est pas que l’affaire des psychologues. Chacun peut agir selon ses capacités et ne pas détourner le regard. On peut juste s’assurer que les personnes qui sont autour de nous vont bien… »

Navigation