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Tranches de Vie – Perdre un proche! – EP 4 -Se reconstruire après le suicide d’un proche | MACIF

Une interview d’Evelyne Josse pour le podcast de la Macif « Tranches de vie »

Parler du deuil, c’est aussi parler de vie. Ces épisodes explorent les émotions, les difficultés mais aussi les ressources qui permettent, un jour, de retrouver un nouvel équilibre.

Cette vidéo est le quatrième épisode de la série Tranches de Vie, produite par MACIF, qui explore le deuil avec sensibilité. Elle se concentre sur le deuil suite à un suicide, un sujet tabou et particulièrement douloureux. Evelyne Josse, psychologue clinicienne et psychotraumatologue, est interviewée par Marjorie Murphy. L’entretien est structuré pour démystifier ce deuil complexe, en mettant l’accent sur les émotions intenses, la stigmatisation et les chemins vers la reconstruction. Il vise à ouvrir le dialogue et à offrir des ressources pour « reparler de vie après le deuil ».

Thèmes principaux abordés

  • Spécificités du deuil suicidaire : Contrairement à un deuil « classique », il est souvent brutal et inattendu (découverte du corps sans alerte), perçu comme absurde et évitable, ce qui génère une « pensée magique » (« j’aurais pu l’empêcher »). C’est un double deuil : la perte de la personne + la perte de sens (incompréhension des motivations). Plus long et silencieux en raison du tabou, il dure souvent 2-5 ans avant une amélioration significative.
  • Les types de suicide et leurs impacts émotionnels :
    • Impulsif : Décision rash (colère, déception), choc traumatique pour les proches.
    • Planifié : Avec lettre ou préparatifs, accentue la culpabilité (« pourquoi n’ai-je pas vu ? »).
    • Agressif : Menaces ou accusations, provoque colère et culpabilité intense.
    • Existentiel : Absence de sens, douleur existentielle pour les parents.
    • Lié à une maladie mentale (dépression) : Soulagement mêlé de culpabilité.
    • Altruiste : Chez les aînés pour ne pas « peser », génère de la colère (« égoïsme »).
  • Émotions exacerbées :
    • Culpabilité : Quasi inévitable, mais non objective (60 % des suicides sans signes évidents ; liée à la détresse du défunt, pas aux actions des proches). Atténuée si maladie connue ; lâcher la « toute-puissance de l’amour ».
    • Colère : Contre le défunt (« abandon égoïste »), contre soi (hindsight bias : « j’aurais dû voir les signes »).
    • Honte et stigmatisation : Tabou moral (péché, criminalisé historiquement) ; 57 % des proches se sentent jugés dans les 6 mois (phrases comme « Qu’avez-vous fait pour en arriver là ? »). Moins de condoléances, silences inconfortables.
    • Peur : Risque suicidaire familial accru ; isolement social.
    • Soulagement confus : « J’aurais voulu que ça s’arrête » vs. « J’aurais voulu sa mort » – culpabilité amplifiée.
  • Processus de reconstruction : Accepter l’incompréhension (ne pas chercher « pourquoi » éternellement, au risque de piéger le deuil). Impacts sur l’estime de soi (sentiment d’échec parental/partenarial). Reconstruction via thérapie, groupes de pairs (accélère le processus) ; signes d’alerte pour consulter : souffrance prolongée, idées suicidaires, négligence de soi, cauchemars, isolement.
  • Rôle du soutien social : Présence durable (même quand « ça va mieux ») ; actions concrètes (sorties, aide pratique) plutôt que phrases maladroites (« Il a choisi » – faux, c’est une détresse qui pousse). Écoute sans jugement, briser le silence. Ressources : groupes spécifiques au suicide, lignes d’aide, forums, associations (Journée mondiale de prévention du suicide le 10 septembre).
  • Vivre avec l’absence et rituels : Rituels pour structurer (connexion interne : adopter les valeurs du défunt, micro-sens comme admirer un coucher de soleil). Le défunt peut devenir un « co-thérapeute » imaginaire (autorise à vivre sans trahison).

Citations et exemples notables

  • « Pourquoi n’avons-nous rien vu ? Pourquoi n’a-t-il rien dit ? » (questions récurrentes d’incompréhension).
  • « Il nous a abandonnés. Comment a-t-il pu faire ça ? » (colère face à l’abandon).
  • « Le suicide n’est pas vraiment un choix. Les gens y sont poussés par la détresse » (distinction clé pour atténuer la culpabilité).
  • Exemple de stigmatisation : « Qu’avez-vous fait pour que votre fils en arrive là ? » (violence sociale).
  • Scène imaginaire thérapeutique : Le défunt disant « Tu as le droit de vivre, toi aussi tu as le droit d’être heureux » (soulagement émotionnel, modifie les connexions neuronales).
  • Exemple de rituel : Admirer un coucher de soleil en pensant « C’est ce qu’il aimait », pour créer du sens sans fixation.

Approches thérapeutiques

  • Thérapie individuelle : Avec psychologue/psychotraumatologue pour démêler émotions (culpabilité, colère) ; utilisation de « scènes imaginaires » (exprimer la colère au défunt, transition vers tristesse et soulagement ; altère la mémoire émotionnelle via neurosciences).
  • Groupes de soutien : Spécifiques au suicide, pour partager et discerner son propre destin (accélère la reconstruction).
  • Écoute active et ressources : Associations, événements du 10 septembre ; thérapies narratives pour réécrire l’histoire sans jugement.

Cette vidéo est une ressource empathique et courageuse, qui insiste sur le fait que le deuil suicidaire, bien que unique et intense, mène souvent à une reconstruction enrichie. Elle encourage à chercher de l’aide sans honte, rappelant que « parler du deuil, c’est aussi parler de vie ».