Interview d’Evelyne Josse pour le podcast de la MACIF « Tranche de vie » sur le deuil
Parler du deuil, c’est aussi parler de vie. Ces épisodes explorent les émotions, les difficultés mais aussi les ressources qui permettent, un jour, de retrouver un nouvel équilibre.
Cette vidéo est le premier épisode d’une série intitulée Tranches de Vie, produite par MACIF, qui aborde le thème du deuil. Elle met en vedette Evelyne Josse, psychologue clinicienne et psychotraumatologue, interviewée par Marjorie Murphy. L’entretien explore de manière sensible et experte les aspects psychologiques du deuil, en s’appuyant sur des modèles scientifiques et des exemples concrets. Le contenu est structuré et éducatif, visant à aider les personnes endeuillées à comprendre et naviguer ce processus.
Thèmes principaux abordés
- L’unicité du deuil : Chaque deuil est unique, influencé par l’intensité du lien avec le défunt (par exemple, la perte d’un enfant est souvent la plus douloureuse, même pour des parents âgés), les circonstances de la mort (soudaine ou après une longue maladie), l’âge du défunt, la personnalité du survivant, des vulnérabilités préexistantes (anxiété, dépression), les croyances (vie après la mort) ou des facteurs socio-économiques (difficultés financières post-funérailles). Les pertes « invisibles » comme un ex-conjoint, un animal de compagnie ou une fausse couche sont souvent niées mais alourdissent le fardeau.
- Les étapes du processus de deuil : Basé sur le modèle de Christophe Fauré, le deuil passe par quatre phases :
- Choc et sidération (heures à semaines) : Anesthésie émotionnelle ou effondrement comme mécanismes de défense.
- Fuite et recherche (6-15 mois) : Équilibre entre chercher le défunt et fuir via hyperactivité ou distractions.
- Désorganisation (1-3 ans, plus long pour les conjoints/enfants) : Dépression profonde, comparée à « la nuit la plus noire avant l’aube ».
- Reconstruction : Retrouver du plaisir, se reconnecter aux autres. Le deuil est comme des marées : il monte et descend, avec des rechutes, mais progresse globalement.
- Le processus de deuil et sa complétion : Le deuil est un travail psychologique spontané pour intégrer la perte et internaliser la relation. Il est « complet » quand les souvenirs douloureux intrusifs disparaissent, qu’on peut évoquer le défunt positivement, profiter du présent sans culpabilité, et reprendre énergie et rôles sociaux. La tristesse persiste lors d’anniversaires, mais sans paralysie.
- Les tâches du deuil : Inspiré du modèle de William Worden :
- Accepter la réalité de la perte (participer aux funérailles, trier les affaires).
- Vivre la douleur (exprimer les émotions via la famille, thérapie ou journal).
- S’adapter à l’absence (prendre de nouveaux rôles).
- Relocaliser le défunt intérieurement (maintien de liens via rituels, transformation de la relation).
- Signes de deuil pathologique ou compliqué : Inclut des troubles comme la dépression mélancolique (retrait total) ou la psychose (délire). Le deuil compliqué se manifeste par une douleur intense prolongée, refus d’accepter la mort (espoir irrationnel que la personne est vivante) ou absence de répit. Contrairement au deuil normal, l’intensité ne s’estompe pas.
- Rôle des rituels et gestes symboliques : Les rituels (funérailles, pratiques religieuses) répondent à des besoins universels : transition du défunt, confrontation à la perte, expression émotionnelle, soutien social et honneur au disparu. Des études montrent qu’ils réduisent les deuils compliqués. Pour les non-croyants, des alternatives laïques comme allumer une bougie ou lever un verre au défunt aident à intégrer la perte.
- Vivre à nouveau après la perte : Possible et transformateur, menant à une « croissance post-traumatique » (empathie accrue, solidarité, focus sur l’environnement ou la spiritualité). Métaphore : une huître blessée forme une perle. Les aînés peuvent trouver du sens en « rejoignant » le défunt tout en investissant dans la vie (ex. : écrire un livre ou rejoindre une association liée au disparu). Être heureux n’est pas une trahison.
- Approches thérapeutiques :
- EMDR (Mouvement : Efface les images traumatiques (ex. : accidents).
- Hypnose : Crée des scènes pour résoudre les non-dits et continuer la relation.
- Autres : Thérapies narratives, cognitivo-comportementales (efficaces selon les recherches), groupes de soutien et plateformes en ligne.
Citations et exemples notables
- « La perte d’un enfant est la perte la plus douloureuse, y compris pour les personnes âgées. Des recherches montrent que le deuil d’un enfant adulte est plus douloureux que celui d’un conjoint de longue date. »
- « Le deuil est comme la marée… parfois on est dans le creux de la vague, parfois on la surfe… Le mouvement est positif. »
- « Un deuil complété… est celui où la personne n’a plus d’images intrusives ou de souvenirs douloureux du défunt. »
- « Le deuil n’a pas de calendrier. Chacun a son rythme… Comme un enfant qui apprend à faire du vélo : la plupart tombent, mais tous finissent par apprendre. »
- Exemple de refus : Des mères croyant que leur fils en jihad est vivant sous une autre identité.
- Exemple de rituel : Allumer une bougie quotidiennement pour « raconter » sa journée au défunt.
- Croissance post-traumatique : Se tourner vers l’humanité, la nature ou la spiritualité après la perte.
Cette vidéo est une ressource précieuse et empathique pour comprendre le deuil comme un processus naturel, non linéaire, qui mène souvent à une vie enrichie. Elle encourage à chercher du soutien sans honte.