Les syndromes psychotraumatiques, quoi de neuf dans la CIM-11 ?

, par  Evelyne Josse

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  Les syndromes psychotraumatiques, quoi de neuf dans la CIM-11 ?


Par Evelyne Josse, 2019
Maître de conférences associée à l’Université de Lorraine (Metz)
Psychologue, psychothérapeute (EMDR, hypnose, thérapie brève), psychotraumatologue
www.resilience-psy.com

 Introduction

Les deux modèles principaux de classification internationale des troubles mentaux sont le DSM, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, publié par l’American Psychiatric Association (APA), et la CIM, la Classification Internationale des Maladies [1], éditée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Ces nosographies sont élaborées par des consortiums d’experts et régulièrement révisées. Édition après édition, les catégories diagnostiques sont affinées, redéfinies, supprimées, regroupées, élargies ou subdivisées en catégories plus fiables. Ainsi suivent-elles l’évolution de la science et des nouvelles des données cognitives, cérébrales, génétiques, etc.

Au fil des révisions, le DSM et la CIM œuvrent à réduire les disparités entre les diagnostics de leur classification respective.

 L’utilité des classifications internationales

La question de l’utilité de ces nosographies internationales divise praticiens, chercheurs et experts.

Les professionnels de la santé jugent leur fiabilité [2] et leur validité [3] discutables, en particulier pour les troubles fréquents tels que la dépression et les troubles anxieux [4]. Elles offrent toutefois aux psychiatres un langage commun fort utile et un outil pour orienter leurs interventions thérapeutiques, notamment en termes de prescription médicamenteuse [5]. Rappelons que dans les années 1970, un patient risquait deux fois plus d’être diagnostiqué schizophrène et deux fois moins d’être diagnostiqué déprimé par un psychiatre américain que par un confrère britannique [6] . Ces discordances de diagnostics ont favorisé la mise en œuvre du DSM et de la CIM. Parmi les cliniciens les plus opposés aux classifications, on compte les psychologues et les psychothérapeutes. Peu ou pas utiles dans le cadre des prises en charge psychologique non médicamenteuses, ils comprennent souvent mal leur pertinence.

Pour les chercheurs, les classifications fournissent un cadre de travail indispensable à la recherche fondamentale et clinique. Il est malaisé, sinon impossible, de mener des études sans s’appuyer sur des catégories diagnostiques précises préalablement définies. En retour, la recherche fait évoluer les théories et les classifications. Ainsi, les études menées depuis l’avènement de l’état de stress aigu dans le DSM-IV paru en 1994, ont poussé les auteurs à en modifier les objectifs et les critères dans le DSM-5. Avec cette entité, l’APA avait pour objectif de combler un vide nosographique mais également de discriminer les personnes à risque de développer une pathologie à long terme de celles qui n’éprouvent que d’éphémères réactions de stress. Or, les études ont prouvé que si la grande majorité des individus manifestant un tableau de stress aigu souffrent plus tard d’un syndrome chronique, bon nombre de victimes affectées par un état de stress post-traumatique n’ont pas présenté de trouble de stress aigu. L’état de stress aigu s’est ainsi révélé un critère sensible mais peu spécifique à prédire le devenir des individus confrontés à un événement adverse. En maintenant l’état de stress aigu dans le DSM-5, l’APA ne poursuit plus l’ambition de dépister précocement les sujets à risque de développer une future affection psychotraumatique. Cette entité se limite aujourd’hui à identifier les victimes souffrant de réactions de stress sévère dans la période de latence durant laquelle le diagnostic d’un état de stress post-traumatique ne peut être posé. Dans certains pays, par exemple aux États-Unis, cette reconnaissance peut s’avérer décisive pour l’obtention du remboursement des soins de santé. De même, pour l’OMS, le but principal de la catégorie « réaction aiguë à un facteur de stress » est de permettre aux professionnels de la santé de mieux identifier et aider les personnes présentant ce syndrome sans toutefois les considérer comme des cas pathologiques.

Pour les experts, ces classifications facilitent le suivi des troubles mentaux, l’évaluation et la gestion du système de santé et par conséquent, la prise de décisions en matière de santé publique. C’est l’objectif déclaré de l’OMS quant à la CIM : « La Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM) a pour but de permettre l’analyse systématique, l’interprétation et la comparaison des données de mortalité et de morbidité recueillies dans différents pays ou régions et à des époques différentes. La CIM est utilisée pour transposer les diagnostics de maladies ou autres problèmes de santé, en codes alphanumériques, ce qui facilite le stockage, la recherche et l’analyse des données et son utilisation en épidémiologie, en planification et gestion sanitaire ou encore à des fins cliniques. » [7]

 Les origines de la CIM

Le DSM et la CIM ont des origines et des objectifs différents [8] . Le DSM naît de la volonté d’offrir aux psychiatres un outil pratique visant à faciliter et à homogénéiser la définition des diagnostics des pathologies mentales. La CIM, quant à elle, nait de la volonté des organismes nationaux de se munir d’un système épidémiologique fiable et utilisable par l’ensemble des États.

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[1L’appellation complète est Classification Statistique Internationale des Maladies et des Problèmes de santé connexes

[2Une classification est fiable si des médecins distincts portent le même diagnostic sur la pathologie d’un patient

[3Une classification est valide si elle distingue chaque maladie de toutes les autres et de la normalité.

[4Elles seraient plus fiables pour les troubles sévères tels que la schizophrénie. Fineltain L. (2011). Les classifications en psychiatries, Bulletin de psychiatrie N°20. En ligne : http://www.bulletindepsychiatrie.com/classification.htm

[5Les patients présentant un trouble dissociatif suite à un traumatisme sont encore trop souvent diagnostiqués schizophrènes. Or, les prises en charge sont différentes pour ces deux types de pathologie. La nouvelle édition de la CIM pourrait contribuer à établir un diagnostic plus sûr de trouble dissociatif structurel de la personnalité et par conséquent, à une meilleure intervention thérapeutique.

[6WHO (1973). Report of the international pilot study of schizophrenia. Genève. En ligne : https://apps.who.int/iris/handle/10665/39405

[7Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (2008). Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes CIM-10. Genève

[8Pour l’historique du DSM, voir l’article de l’auteur Josse E. (2013). État de Stress Aigu et État de Stress Post-Traumatique, quoi de neuf dans le DSM-5 ?. En ligne : http://www.resilience-psy.com/spip.php?article46

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